Première Génération
Gilbert et Jean Dupuis dit Gilbert
Ce texte est reproduit avec la permission de l'auteure, Madame Pierrette Gilbert-Léveillé.
Deuxième Génération La mention la plus éloignée
que nous ayons de notre ancêtre figure dans cette lettre réponse du roi
adressée à M. ORRY, Contrôleur des finances[1].
«
A V.es, le 15, 9bre 1736,
J’ay
reçu, M., la lettre que vous m’avés fait l’honneur de m’écrire le 12. De ce
mois, au Sujet des Nés. Gilbert et Jean Dupuy dits Bramans freres
qui avaient eté transferés des prisons de moulins où ils étaient detenus pour
fauxsaunage dans celles de Montluçon a l’Effet de continuer contr’Eux l’Instruction
criminelle qui y avait été commencée sur l’accusation d’un assassinat pour
raison de laquelle il s’est trouvé qu’ils avaient obtenu des lettres de grace
de M. l’Eveque d’Orleans, que cependant ayant depuis continué le Fauxsaunage
vous demandéz qu’ils soient Expatriés et Envoyés en Canada, vous trouverés c’y
joint les ordres necessaires a ce Sujet. »
Mais
depuis combien de temps étaient-ils en prison ? Dans une lettre au Contrôleur Général, le curé de Saint-Jean de
Péronne, en faveur des prisonniers pour le tabac et le sel, disait :
« Ils sont souvent emprisonnés pour peu de chose et on les retient fort
longtemps dans la prison. » [2]
France
1730….
« La
mère patrie était à ce point épuisée que le revenu des taxes sur le sel
devenait l’une des grandes ressources du Trésor. »[3]
C’est à
la fin du 16ième siècle qu’à été installé en permanence la
perception de taxes sur certaines marchandises, dont le sel. Ceci pas seulement avec les pays voisins
mais entre les provinces. Cette taxe ou
impôt s’appelle gabelle. Cette gabelle est à l’origine de la plus
grande contrebande : le faux saunage ou contrebande du sel. Le faux saunage consiste à faire sortir le
sel des endroits où il était le moins cher pour le faire passer où le prix
était plus élevé. La profession de faux
saunier était florissante en Berry. La
taxe sur le sel y était au maximum, tandis qu’autour certaines provinces
étaient exemptes de gabelle.
Le sel était destiné
uniquement à la salière et à la cuisine.
Il était défendu de l’utiliser à autre chose, tel : saler un
jambon. Celui qui se faisait prendre
était accusé de fraude et devait payer une forte amende. L’habitant avait l’obligation d’acheter une
certaine quantité de sel, correspondant au nombre de personnes dans la famille. Pour deux adultes et deux enfants, au Berry,
la dépense équivalait à un mois de salaire.
Il devait aller chez le salorgier, qui est le marchand de sel officiel,
chercher cette quantité de sel.
Pour
surveiller ce sel, il y avait les gardes de gabelles ou gabelous. Ils devaient faire la recherche du sel entré
en fraude. Le faux saunier devait donc
utiliser des routes autres que celles des voyageurs. Voyageant seul ou en groupe, il y avait toujours l’embuscade à
craindre. Partout on pouvait compter sur
des complices. De plus, pour se
protéger lui-même et sa famille, le faux saunier utilisait un surnom. Pour Gilbert et Jean c’était
« BRAMANS », nous l’avons vu dans la lettre adressée à M. ORRY. BRAMANS peut venir de bramer qui est le cri
du cerf, lequel était en abondance dans la région. Il peut aussi vouloir dire : crier fort, se lamenter.
Plusieurs
bandes importantes ont œuvré et ont été pourchassées durant cette
décennie. Bernard BRIAIS, dans Contrebandiers du sel, relate les faits
et gestes de deux bandes dans la région du Berry, vers 1734-36. Le Berry est l’une des régions les plus
déshéritées de France. On parle de la
bande de THIBAULT, un habitant de Rosnay.
Le faux saunage est plus violent que jamais, la multitude des faux
sauniers est prodigieuse. Si l’on suit
l’itinéraire de ces bandes, il est facile de comprendre pourquoi des gens
pauvres comme les brennous sillonnaient cette terre de forêt et de landes où
l’on retrouve près de sept cents étangs.
L’endroit présentait une certaine sécurité. Les gabelous se plaignaient qu’ils leur étaient très difficile de
faire des arrestations. Il est
intéressant de connaître ces faits car ils se rapportent à la région de
l’ancêtre, de la même période.
Pour une première arrestation, le faux saunier était passible du fouet ou d’une amende. La récidive était bien plus condamnée, car c’était les galères à temps ou à vie, et de plus il était marqué au fer rouge du fameux « G » ou « GAL ». Dans les cas plus graves, impliquant des armes ou homicide, c’était la mort. Vers 1730, le Roi permit l’envoi au Canada de faux sauniers indésirables. Il leur était cependant interdit de repasser en France sous aucune considération.
Gilbert et Jean DUPUY dit BRAMANS, repris à nouveau pour faux saunage, font maintenant face à l’expatriation.
Les
ordres du roi, pour la conduite des faux sauniers destinés pour le Canada et
l’Île Royale, en date du 1er mai 1737, sont les suivants : « le détenteur de ces ordres devra
conduire sous bonne et sure garde à La Rochelle les prisonniers. Partout où ils passeront, les maires,
échevins et habitants, devront fournir la nourriture, les chevaux et
charettes….Tout officier ou justicier devra aider à la protection et à
l’exécution de ces ordres. »[4] Les prisonniers selon les ordres devront
être amenés à La Rochelle entre le 20 et 25 mai. À leur arrivée, M. BELAMY, Commissaire de la Marine, décidera si
les prisonniers seront embarqués immédiatement ou placés dans les prisons
jusqu’au lendemain. Il verra à ce qu’on
leur fournisse hardes et nourriture dont ils auront besoin pendant la
traversée. Comme il est écrit, on
devait leur fournir le nécessaire pour la traversée. Ce n’était pas toujours le cas.
« Vlles., 1er
may 1737.
Ordre
du Roy au Sr DU QUESNEL Commandant le V. au le Jazon de
se charger des faux sauniers destinés pour le Canada.
S. M.
ayant destiné par ses ordres les Nés. .., Gilbert DUPUY d. BRAMANS,
Jean DUPUY d. BRAMANS, …, à être transférés en Canada pour y demeurer le reste
de leurs jours. Et l’instruction de S.
M. étant qu’ils soient embarqués sur le Jazon destiné pour cette Colonie. Elle mande et ordonne au Sr DU
QUESNEL Commandant led. Vau. de s’en charger et de les remettre à
son arrivée avec le présent ordre aux Srs Mis. de
BEAUHARNOIS Gouv. et d. gal. et HOQUART Intendant qui luy
en donneront la décharge. »[5]
Le
Jazon est un vaisseau de 4ième rang. Construit au Havre par POIRIER en 1723-1724, il mesure 41,09m. de
long et 11,04 m. de large.[6] Il a une batterie de 50 canons et venait
juste d’être armé à Brest. Le roi
mentionne qu’il le confie au Sr DU QUESNEL vu son zèle et son
expérience.[7] Le commandant ne semble pas recevoir partout
une telle appréciation : en effet,
le père Joseph DARGENT raconte qu’il n’est pas très apprécié, qu’il est
grossier et qu’on le surnomme «l’ours mal léché »[8].
Dans
une missive du 13 mai, le Commandant apprend que les prisonniers sont en route
et qu’ils seront rendus le 30 ou 31 du même mois. À leur arrivée, on constate l’état lamentable des faux
sauniers. Ils sont malades et
quelques-uns ne sont pas en état d’être embarqués. À part ces exceptions, les événements se déroulèrent comme
désirait le roi.
Nous
sommes très chanceux d’avoir le récit de la traversée de nos ancêtres. Je me sers des relations du Père Joseph
DARGENT, p.s.s., en direction de Montréal, et aussi d’une lettre de l’Intendant
HOCQUART au roi, pour vous la raconter.
Tous les deux se trouvaient sur le Jazon.
Le
Jazon, vaisseau du roi, était à la rade, en attendant le départ, un feu s’est
déclaré à son bord. Le Père
raconte :
« …
si l’on ne fut pressé d’y porter du secours, nous aurions dans moins de
demi-heure peut-être party tous pour le grand voyage. »
Il y
avait bien une chaloupe et un canot, mais il y avait aussi 437 personnes à
bord. La majorité était les ouvriers
des Forges du St-Maurice et leur famille, 23 faux sauniers et 280 membres
d’équipage.
Après
avoir attendu les vents favorables le vaisseau mit voile, le lundi 10 juin,
escorté du Héros vaisseau du roi armé pour l’Île Royale. Le 10 juillet, les vaisseaux se
séparèrent. Le temps n’a pas été
toujours plaisant. Absence de vent,
brume et fort temps : plusieurs
souffraient du mal de mer. Le lendemain
du départ du Héros, vers 5 heures du soir, se croyant à 40 lieues de la terre,
ils ont vu la mort de près. Le Père
DARGENT écrit :
« Depuis
le matin, une brume épaise à ne pas distinguer un homme du milieu du vaisseau
au bout nous environnoit. Cependant des
matelots de quart sur le passe à vent pour veiller à la découverte crièrent
qu’un vaisseau qui venoit sur nous étoit prest de nous fracasser avec luy. On ordonne sur-le-champ de sonner la cloche,
de battre la quesse, tire du canon pour l’avertir de se retirer en
coste. » Ils ont alors aperçu des
chaloupes autour, et des pêcheurs qui leur criaient de s’éloigner. Le prétendu vaisseau était un rocher gros
comme une montagne. Il continue en
disant : « On
cria : terre, terre, nous sommes
perdus. Les officiers et les pilotes
les plus expers l’ayant dit comme les autres, il fallut penser à partir pour la
gloire. Cependant quelques officiers ne
perdirent pas courage. »
L’Intendant
écrit au roi : « Les voiles
sont mises sur le mats; le navire s’arreste; les vents viennent de l’avant, dépendent
de Babord; on met les focs, on contrebasse; le vaisseau arrive; nous courons de
l’avant; le Rocher reste derrière nous, et si près, qu’une chaloupe avec ses
avirons n’aurait pas passé entre deux. »
Le tout se passa en un quart d’heure mais sembla à tous des heures. Ceci s’est produit à l’entrée ouest de la
Baie de Plaisance dans l’Île de Terre-Neuve, au rocher le Chapeau Rouge.
Tous
devaient la vie à ces pêcheurs anglais, de « Guersey », qui les
avaient avertis du danger en criant des chaloupes.[9] Deux ou trois jours plus tard, la même
tragédie fut à nouveau évitée de justesse.
La
lettre de l’Intendant HOCQUART et le récit du père Joseph DARGENT sont des plus
intéressants à lire.
Leur arrivée
Le
Jazon arrive à Québec, le jeudi 8 août 1737, après 60 jours en mer. La petite vérole apportée par un matelot a
continué pendant toute la traversée.
Cinquante personnes en furent attaquées et elle fit trois morts.
Le
jour même de leur arrivée, Gilbert et Jean sont hospitalisés. On les retrouve inscrits aux registres des
malades de l’Hôtel-Dieu de Québec :
Le 8
Gerbert DUPUY âgé de 30 ans de Moulins.
Le 8
Jean DUPUY âgé de 29 ans de Moulins.
Les
deux frères ont-ils contracté la petite vérole sur le navire ou étaient-ils
déjà malades à leur départ de prison?
Les récits de voyage mentionnent souvent l’état des faux sauniers. On dit qu’ils ont la galle, qu’ils sont
plein de poux et mangés par les vers.
Souvent, ils sont nus. Au cours
de traversées, il arrivait que des passagers amassaient des vêtements, dont
quelques-uns pouvaient se départir, pour les faux sauniers.
Jean
DUPUY reste 17 jours à l’hôpital. Son
frère Gilbert sortira après 23 jours.
Imaginons,
un moment, Gilbert et Jean à leur premier contact avec Québec. La population de Québec et de la banlieue
est d’environ de 4600 habitants en 1737.
Dans la relation de son voyage, le Père Joseph DARGENT décrit Québec
comme étant une ville fort jolie :
« Il y a une haute et une basse ville. C’est le siège de l’évesque de tout le païs, du gouverneur
général, de l’intendant, …, toutes choses capables de faire une belle
ville. » Il ajoute : « Le mal est que la plupart des
officiers, bourgois, et artisans sont gueux comme des pintres et glorieux comme
des paons. Les paysans qu’on appelle habitans
dans ce païs en ont bien leur bonne part.
Une fille qui garde les vaches pendant la semaine, porte des dentelles,
quelquefois même des fontanges, mais toujours le panier[10],
les dimanches. Il y a un an qu’ils ne
sçavoient que faire du bled. À présent
ils sont à mourir de fin, parce que tout est consommé, preuve de leur
prévoyance et de leur ménagement. Ce
que je dis est commun à tout le païs. »
Le Père n’étant resté que cinq jours à Québec nous pouvons nous demander
s’il avait vu juste.
M. l’abbé
Joseph NAVIERES, curé de Sainte-Anne de Beaupré (1734-1740), donne un tableau
de Québec bien différent :
« La situation de la ville est assez agréable; elle n’est pas moins
forte que les villes de guerre qui sont en France… Québec est fort peuplé; les
gens y sont gracieux, civils, honnêtes, bienfaisants, tout à la mode de Paris,
qu’ils se flattent de suivre. »[11] Il mentionne aussi que les chemins sont
beaux et unis, les campagnes fertiles, la pêche et la chasse meilleures qu’en
France.
Mais
le Canadien, lui, à quoi ressemblait-il?
Un mémoire de l’Intendant HOCQUART, en 1736, le décrit ainsi : « Les Canadiens sont naturellement
grands, bien faits, d’un tempérament vigoureux… la nécessité les a rendus
industrieux de génération en génération :
les habitants des campagnes manient tous adroitement la hache; bâtissent
leurs maisons, leurs granges, plusieurs sont tisserands… Ils sont intéressés, vindicatifs, sont
sujets à l'ivrognerie, font un grand usage de l’eau-de-vie, passent pour n’être
point véridiques. Ce portrait convient
au grand nombre, particulièrement aux gens de la campagne; ceux des villes sont
moins vicieux. »[12] Les éloges et les critiques continuent mais
nous avons une bonne idée des gens qu’ils rencontraient.
Le 23
mars 1738, Gilbert est à nouveau hospitalisé jusqu’au 3 avril. Il se dit de la Bourgogne et on apprend
qu’il est de chez M. DE LAGORGENDIERE.
Malheureusement, aucun acte d’engagement n’a été retrouvé. Les mentions de chez M…., de son maître,
indiquent son engagement. Mais qui est
son maître? Benjamin SULTE classe la
famille FLEURY DE LAGORGENDIERE dans les familles nobles venues de France. Il la qualifie de seigneurs, pilotes,
financiers, commerçants, militaires, types aimables et généreux. Joseph FLEURY DE LAGORGENDIERE est un homme
puissamment riche qu’on dit de bon cœur.
Agent principal pour la compagnie des Indes, il possède plusieurs
résidences, dont une à Québec, où se trouvent ses magasins de pelletries. Une autre splendide maison est située à
Sainte-Foy. Il est certain qu’il a
besoin d’employés, ici en ville, mais aussi en Beauce où il a obtenu en 1736
une seigneurie. C’est pourquoi l’on y
retrouve une quinzaine de faux sauniers à un moment ou à un autre.[13]
Dès
que l’acquiescement du roi fut connu, à l’été de 1737, M. DE LAGORGENDIERE
concède des terres pour fonder l’établissement de la Nouvelle-Beauce. Mais le premier devoir d’un seigneur étant
de tenir feu et lieu dans sa seigneurie, c’est-à-dire y posséder un manoir
habité,[14]
il a besoin de main-d’œuvre.
En
1740, Gilbert est hospitalisé le 2 juillet pour une période de 14 jours. Il se dit toujours de chez M. DE
LAGORGENDIERE, a encore 30 ans, mais cette fois il donne le Bourbonnais comme
lieu d’origine. Jean, de son côté, ne
semble pas avoir fait d’autres séjours à l’hôpital.
Quatre
années se sont écoulées depuis leur arrivée au pays. Ils ont beaucoup travaillé et Gilbert est maintenant âgé
d’environ 34 ans; il pense à s’établir.
Le temps est venu de prendre épouse.
L’élue est Marie BRUNET, baptisée Marie Angélique, l’aînée d’une famille
de neuf enfants. On retrouve son acte
de baptême au registre de Notre-Dame-de-Foy, le sept février 1719. Elle est la fille de Jean BRUNET et de Marie
Angélique SEDILLOT, de Ste-Foy. Âgée de
22 ans, elle est donc encore mineure.
La
cérémonie a lieu le 13 novembre 1741 en l’église Notre-Dame-de-Foy.
L’acte
de mariage se lit comme suit :
Le
treise novembe La presente année apres la publication des trois bancs de
mariage faits aux prones des messes de paroisse de notre dame de foy pendant
trois dimanche consecutifs dentre gilbert Dupuis fils de gilbert Dupuis et de
francoise petit Jean de la paroisse de rosé archevesché de bourge en beri et de
marie brunet fille de Jean brunet et de angelique Sedilot ses pere et mere de
cette paroisse ne setant trouvé aucun empeschement au dit mariage Les ay maries
et leur ay donné la benediction nuptiale selon la forme de notre mere Ste
eglise en presence Jean Dupuis frere de lepoux du Sieur Joseph de La gorgendiere
maitre de lepoux de Jean brunet pere de lepouse du Sieur de la gorgendière ami
de lepouse tous temoins qui ont signé avec nous Les autres ont declaré ne
scavoir signer de se requis suivant lordonnance
Delagorgendiere
Flibote Fleury
de Lagorgendiere
Leprevost pretre
On
peut constater que l’engagement de Gilbert n’est pas terminé.
La
veille, en après-midi, Gilbert s’était rendu chez Pierre PREVOST, oncle de
Marie, afin de faire rédiger un contrat de mariage par le notaire Jacques PINGUET. Voici la partie la plus importante,
généalogiquement :
« Pardevant
le notaire Royal en la Prevosté de quebec y residant sousfigné et temoins cy
bas nommes furent present le Sr Gilbert Dupuy fils du Sr
Gilbert Dupuy et de defunte françoise PetitJean ses pere et mere de la paroisse
de Rosé Eveché de Bourges en Berry, d’une part, et le Sr Jean
Baptiste Brunet et Angelique Sedillot son épouse stipulant en cette partie pour
Dlle Marie Brunet leur fille native de la paroisse de Ste Foy pres cette ville
a ce presente et de son consentement pour elle et en son nom, d’autre part, Les
quelles parties de l’avis et conseil de leurs parens et amis pour ce assembles
Scavoir de la part dud Sr Gilbert Dupuy du Sr Jean Dupuy
son frere et du Sr Joseph Baufils amis et de la part de lad Dlle
marie Brunet de sesd pere et mere du Sr Jean Baptiste Brunet son
oncle du costé paternel du Sr Pierre Provost oncle accause de Marie
Sedillot son épouse, du Sr Jean Baptiste flibot cousin et du Sr
Nicolas Philibert marchand Bourgeois en cette ville amis.
Gilbert
se dit de Rosé, évêché de Bourges.
Après quelques recherches et la lecture du contrat de mariage de Jean
son frère, il s’agirait de Rosnay, une petite commune qui compte près de 800
habitants. Cette paroisse a été plusieurs
fois interdite, mais aussi les inondations fréquentes faisaient que les gens se
rendaient dans d’autres paroisses, dont Douadic, pour les offices
religieux. Des recherches ont été
faites aux deux endroits, de même qu’à Bourges, sans succès. Nous ne pourrons prouver le lieu d’origine
de nos ancêtres tant que nous n’aurons pas retrouvé, en France, des documents
officiels.
On
apprend aussi que la communauté sera gouvernée selon la Coutume de Paris qui
faisait loi ici. Ne seront tenus
d’aucunes dettes, l’un de l’autre, faites avant le mariage. Gilbert a fait un douaire préfix de 500
livres à Marie. Le douaire lui est
garanti. Le préciput pour sa part est
de 250 livres, à prendre par le survivant sur les biens ou en meubles. Ils se font aussi don mutuel, c’est-à-dire
au dernier vivant les biens. Somme
toute, un contrat dans la normale du temps.
À
l’été de 1742, Gilbert est présent à Saint-Joseph. Il est inscrit dans le registre de cette paroisse le 11 août,
comme parrain d’Agathe fille de François CONSIGNI, un faux saunier installé en
Nouvelle-Beauce. Le 1er
septembre il est à nouveau parrain.
Peu de
temps après, Gilbert retourne à Sainte-Foy.
Marie, qui s’y trouvait encore, attendait leur premier enfant pour
bientôt. Il y avait aussi le mariage de
son frère Jean, prévu au cours de l’hiver.
C’est la fête chez les Brunet, leur fille aînée Marie a eu un fils. Gilbert est fou de joie, ce fils agrandira la famille pour lui et Jean son frère. Il est baptisé, dans cette même église où ses parents se sont mariés, sous les prénoms de Charles Joseph. Extrait du registre de Notre-Dame-de-Foy :
Le
vingteun septembre de la presente annee par moy soussigné a eté baptisé charles
joseph gilbert Dupuis file de gilbert Dupuis et de marie brunet ses pere et
mere né de né de légitime mariage Le parein a eté a eté messire jean joseph
ecuier Sieur de gamache conte et la mareine demoiselle charlotte de La
gorgendiere Le parein et la mareine ont signé coinjointement avec nous
de Gamache
fleury
DeLagorgendiere
Charlotte lagorgendiere
Leprevost
prestre
Pourquoi
Charles? C’est que Gilbert porte
certainement ce prénom puisqu’on le retrouvera appelé ainsi en plusieurs
occasions.
Le
temps passe vite. Il y a les
réjouissances du temps des Fêtes, le fils qui tient Marie occupée, on parle du
mariage prochain de Jean, et les travaux de tous les jours.
Le 10
février 1743, Gilbert se rend avec son frère chez Jean THOMELET, un tanneur de
Québec. Jean est le beau-frère de
Jeanne, cette jeune fille qu’il a choisie pour devenir son épouse. C’est le notaire Hilarion DULAURENT, en
présence d’un grand nombre de parents et d’amis, qui rédige le contrat de
mariage entre Jean DUPUIS et Jeanne SEDILOT.
Jean
est dit habitant de Sainte-Foy. Il n’y
a pas de mention de maître contrairement à Gilbert, alors son engagement est
probablement terminé. Il se dit natif
de Rosnay en Berry, fils de Gilbert et défunte Françoise PETIT. Une communauté gérée selon la Coutume de
Paris, un douaire de 400 livres et le préciput de 200 livres. Ils se font don mutuel. Un renvoi à la fin du contrat dit
ceci : « Les biens du dit futur époux consistant en une terre à lui apartenante
située en la Beauce seigneurie de Monsieur LAGORGENDIERE, laquelle entrera dans
la dite future communauté. » Ce
détail est intéressant. Le lendemain,
en l’église Notre-Dame-de-Foy, est célébré leur mariage.
Le
reste de l’hiver et au printemps, Gilbert et Marie se préparent physiquement et
moralement en vue de leur départ.
C’est
à l’été de 1743 que Gilbert amène sa petite famille en Beauce. Marie est enceinte de quelques mois et
Charles Joseph a huit mois environ. Un
trajet qui commence par la traversée du fleuve en canot et se continue sur une
longue distance à travers les bois denses et les marécages de Sartigan.[15]
À
l’obtention de leur concession, l’Intendant HOCQUART imposa aux trois seigneurs
de la Nouvelle-Beauce, l’obligation d’ouvrir dans un délai de trois ans un
chemin carrossable. Le tracé de cette
première route n’est pas vraiment connu, toutefois il semble qu’il suivait le
cours de la rivière. Il est trop long
car les colons s’en plaignent. Dans
quel état était la route en 1743?
Probablement très mauvaise, de sorte que pour se rendre en Beauce, plusieurs
jours devaient être nécessaires.
À son
arrivée, Marie retrouve le manoir seigneurial, une petite chapelle en bois rond
juste à côté, un moulin banal, quelques maisons et des campements
abénaquis. Un missionnaire réside près
des colons. Le seigneur n’habite pas
son domaine mais y vient au printemps et à l’automne. Il y a toutefois toujours quelqu’un au manoir, ceci est dans les
obligations du seigneur.
Marie
ne se sentira pas trop dépaysée en arrivant à Saint-Joseph, son cousin François
PREVOST, qui est du même âge qu’elle, y est déjà établi. Elle sait que Jean, son beau-frère, et
Jeanne qui est sa cousine, en plus d’être sa belle-sœur, doivent venir
s’établir eux aussi à Saint-Joseph. Ils
sont entourés d'amis et de connaissances.
Il est possible qu’en arrivant, ils aient habité chez le cousin de Marie
ou au manoir. Il n’est pas rare pour un
seigneur d’avoir des serviteurs habiter près de sa famille, pour s’occuper de
l’entretien du domaine.
C’est
entre la fin de 1742 et l’été de 1743 que Gilbert a obtenu, par billet, une
terre du seigneur DE LAGORGENDIERE. Il
est habituel que le seigneur concède une terre avec un titre temporaire. Plus tard, lorsque le candidat a fait ses
preuves, il obtiendra un contrat de concession. C’est le second devoir du seigneur de faire occuper le sol de son
fief.[16]
Gilbert
se devait de défricher un coin de terre pour y construire sa maison. Habituellement faite de bois rond avec un
toit de bardeaux de cèdre, elle possédait un foyer en pierre des champs servant
à la cuisson et au chauffage. Il y
avait aussi les abatis à faire afin de préparer les champs aux semences. Pour la nourriture, il y avait la pêche et
la chasse, les petits fruits et tout ce que la nature pouvait bien leur
fournir. Nos ancêtres, tout comme les
autres colons de Saint-Joseph, ont beaucoup appris des Abénaquis. Ces Indiens, leurs amis, ont influencé les
Beaucerons sur la manière de vivre et de s’habiller, sur la nourriture et
certaines expressions orales qui persistent encore.
1744. L’année à laquelle les Canadiens ont pris les armes. Ceci durera jusqu’en 1760, avec peu de trêve. C’est aussi à l’été que Jean vient rejoindre son frère à Saint-Joseph. Il y possède une terre, comme il est mentionné dans son contrat de mariage. Il y a maintenant un an que Gilbert et sa famille ont quitté Sainte-Foy. Marie a eu un deuxième enfant, une petite fille nommée Angélique qui n’a vécu que quelques mois. Elle a certainement le cœur très serré car Jeanne a un fils âgé de près de cinq mois, baptisé Jean, comme son père. Les deux frères sont très heureux de se retrouver. Ils seront désormais ensemble car les concessions qu’ils ont obtenues sont voisines.
Je
continue ici mon travail seulement pour la descendance de Gilbert, puisque
c’est mon ancêtre.
Au
printemps de 1745, Marie donne une autre fille à Gilbert. Le 20 mai, elle est baptisée Marie
Angélique. Dix-huit mois plus tard,
naît Marie qui sera baptisée le jour de sa naissance le 21 novembre.
1747. Pour Gilbert et Jean, dix années se sont écoulées depuis leur arrivée au pays. Ils se sont très bien adaptés. Gilbert a trois enfants et Jean en a deux. Ils sont très présents au sein de leur communauté. Sur la fin de l’année, Marie apprend le décès de son père survenu en novembre. Il a été enterré à Sainte-Foy le 9 novembre.
En
janvier 1748, Gilbert et Jean sont à Québec.
Le 11, Gilbert se rend au bureau du notaire Claude BAROLET avec le sieur
Joseph FLEURY DE LAGORGENDIERE. Il
obtient sa concession officiellement.
Il
s’agit d’une terre de 3 arpents de front sur 40 arpents de profondeur. Bornée au nord-est à la concession de Jean
LESSARD, au sud-ouest à celle de Jean DUPUIS, par devant à la rivière du Sault
de la Chaudière et par sa profondeur au bout des 40 arpents, à la ligne qui sépare
le premier rang des concessions d’avec le second. Il a droit de pêche au devant et de chasse sur l’étendue de la
dite concession.
Quels
sont les devoirs de Gilbert envers son seigneur? Il doit faire feu et lieu sur sa terre, c’est-à-dire défricher sa
terre, bâtir maison et grange et les entretenir. Ceci était entrepris dès que la terre était remise par
billet. Il doit s’acquitter de ses
redevances en allant lui-même les porter au manoir le 11 novembre, soit à la
Saint-Martin; dans son cas, il doit verser en rentes un sol par arpent de terre
en superficie et aussi un chapon vif par arpent ou 15 sols au choix du
seigneur. C’est un droit lucratif du
seigneur. Gilbert doit aussi verser un
impôt symbolique : le cens, un
honneur civil pour le seigneur, qui lui est fixé à un sol par arpent de
front. Planter un may à la porte du
manoir le 1er mai est un autre honneur porté au seigneur. Il s’agit d’un sapin ébranché auquel on a
laissé un bouquet et c’est l’occasion de grandes réjouissances. Il doit aussi montrer ses titres sur
demande, donner le découvert à ses voisins, souffrir les chemins qui sont
nécessaires à la communauté. S’il
achète une terre, il doit payer au seigneur les lods et ventes, c’est-à-dire
une taxe qui est d’environ un douzième de la valeur et qui a pour but de
décourager la spéculation. Il aidera
les autres habitants à planter. Gilbert
aura par contre un moulin où faire moudre son blé. Le droit de mouture est que le quatorzième minot apporté à moudre
va au seigneur. Aussi un manoir habité
par le seigneur ou représentant, un tribunal de justice et surtout de
l’entraide et une vie sociale.[17] Il lui sera plus facile de survivre car au
18ième siècle les relations avec l’extérieur étaient rares et
difficiles.
À quel
prix cela lui revient-il? Marcel
TRUDEL, dans le Régime seigneurial, évalue en comparant le pouvoir d’achat du
dollar de 1952 que le sol équivaut à $0.05 de notre monnaie, la livre à notre
dollar. Le minot de blé à quatre livres
et la journée de corvée à deux livres.
Le
lendemain, Jean DUPUIS reçoit lui aussi sa concession du seigneur DE
LAGORGENDIERE devant le notaire BAROLET.
Une terre de trois arpents de front par quarante de profondeur. Elle est bornée au nord-est à Gilbert DUPUIS
et de l’autre côté au sud-ouest à un nommé GUYON, par-devant à la rivière du
Sault de la Chaudière, par derrière au bout de la profondeur. Les conditions sont les mêmes que pour
Gilbert.
Dans
les deux actes de concession on peut lire que le seigneur dit avoir baillé ces
terres dès l’année 1744. On sait qu’au
contrat de mariage de Jean, en février 1743, il est dit en possession de sa
terre. Donc, c’est vers la fin de 1742
et le début de 1743 qu’ils ont probablement reçu leurs billets de concession.
C’est
aussi à peu près le temps où est né Jean-Baptiste. On ne retrouve pas sa naissance car les registres ne sont que
partiels pour ces années, à Saint-Joseph.
Il en est de même pour la naissance de François.
En
1749, Gilbert est marguillier à Saint-Joseph.
Le climat est plus tendu car il est évident que les Anglais veulent
s’emparer de l’Amérique. Les Canadiens
se préparent pour une grande guerre.
L’argent devient rare. Le prix
des marchandises augmente de quinze à vingt pour-cent. Tout va de pire en pire.
Le 11
mars 1754, Gilbert est de nouveau de passage à Québec. Accompagné de Louis ROBERGE, habitant de
Saint-Joseph, ils se rendent, en après-midi, au bureau du notaire J.-Claude
PANET. Gilbert achète dudit ROBERGE une
terre située à Saint-Joseph de 3 arpents de front sur 40 arpents de
profondeur. Elle est bornée au nord-est
à Jean DUPUIS et au sud-ouest à Charles COCHON.
Une
septième naissance chez les DUPUIS :
Madeleine, baptisée le 7 avril 1754.
1755. Les vaisseaux français sont attaqués
par les Anglais. Les Canadiens étant
employés à défendre leur pays, la culture des champs en souffre. Le blé manque, puis c’est la disette. L’intendant écrit en France :
« Les habitants n’ont plus ni farine ni lard. » La France ne fait rien car elle manque
d’argent dû à la guerre, au gaspillage du roi Louis XV et de ses amis.[18]
Le 12
mai 1756, Gilbert et Marie ont encore une fois la douloureuse perte d’un
enfant. C’est Jacques qui n’avait que
15 jours.
Un
cinquième fils naît le 21 mars 1757 que l’on fera baptiser le jour même du
prénom de Joseph. Il sera le dernier
enfant de Gilbert et Marie.
En
février 1758, un chemin plus court que le premier est marqué. Il partira du domaine de M. CUGNET[19]
coupant par les bois de Saint-Henri jusqu’à Scott. Ceci dans le but de faciliter le trajet aux habitants qui
désirent se rendre à Québec.[20]
Charles
Joseph, son fils aîné, a déjà 16 ans.
Il est maintenant considéré comme un homme. C’est pourquoi, ayant l’aide de son fils, Gilbert peut défricher
une autre terre. Le 6 juillet 1758, il
se rend au manoir seigneurial voir le Père JUSTINIEN, missionnaire à
Saint-Joseph. Ce dernier rédigera
l’acte de vente d’une terre de 1½ arpent de front sur 40 arpents de profondeur,
que lui vend Jean LESSARD. Cette terre
est bornée d’un côté à la terre du dit Gilbert DUPUIS et de l’autre à Jean
LEDUC.
Au
mois de juillet de la même année, Gilbert se rend à Québec chez le notaire
BAROLET déposer l’acte d’achat de sa terre.
Il y entend parler d’une éventuelle attaque des Anglais.
Peu de
temps après, le gouverneur général VAUDREUIL ordonne le recensement des hommes
de seize à vingt ans. À Saint-Joseph,
François LESSARD était le capitaine de milice avec les deux tiers des hommes
disponibles en Nouvelle-Beauce. Au mois
de mai de l’année suivante, les capitaines reçoivent l’ordre de se tenir
prêts. Les Anglais sont devant
Québec. Mgr PONTBRIAND recommanda aux
missionnaires, si cela devenait nécessaire, d’amener leurs fidèles dans les
bois.[21] C’est la guerre! Charles Joseph a-t-il participé à la guerre de la cession comme
les autres de son village? Il était en
âge de le faire…
L’hiver
1759-1760 a été marqué par un froid si intense que même le moulin s’arrêta de
tourner. Les rumeurs de la guerre et de
ses atrocités parvenant aux habitants de la Beauce avaient de quoi les
effrayer. Heureusement, leur isolement
les sauva. Les Anglais ne se rendirent
pas aussi loin. Le 8 septembre 1760, le
général AMHERST signe la capitulation.
Les articles de l’entente laissent aux Canadiens les lois, les
propriétés, leur langue et leur religion.
Peu de choses furent respectées.[22]
Un
autre malheur frappe chez Gilbert et Marie.
Trois jours seulement après la fin de cette guerre, ils enterrent un
fils âgé d’environ douze ans, François.
L’argent
n’est plus honoré. Partout c’est la
ruine. Les seigneuries de la
Nouvelle-Beauce voient arriver les colons qui désertent Québec et les
environs. Les habitants avaient au
moins leur terre et sa valeur. C’est
pourquoi cela n’amena pas autant de changement pour eux que pour les gens de la
ville. Ils se résignèrent et, bien
souvent, manifestèrent de l’indifférence.
Le
premier recensement nominal pour la Beauce est fait en 1762. On apprend que la famille de Gilbert, nommé
Charles GILBERT comprend :[23]
Homme :
1 (Charles)
Femme :
1 (Marie)
Enfants
mâles 15 ans et plus : 1 (Charles Joseph)
Enfants
mâles 15 ans et moins : 2 (Jean-Baptiste, Joseph)
Enfants
femelles : 3 (M. Angélique, Marie, Madeleine)
Il a 4½ arpents de terre, semence en 1762 : 30,
2 bœufs, 4 vaches, 5 taurailles, 7 moutons, 2 chevaux, 5 cochons.
Âgé de
53 ans et Marie de 44 ans, ils se rendent à Québec pour le mariage de leur
fils. Faire ce voyage en plein hiver
fut certainement épuisant pour eux.
Même en été les routes étaient mauvaises. En effet, une lettre du Père Récollet THEODORE au gouverneur
MURRAY,[24]
lui demandant de faire banaliser les chemins des terres non concédées, nous
indique bien que les colons continuent de se plaindre de leur état.
Le 7
février 1763, Charles Joseph se rend en avant-midi à Charlesbourg, en la maison
de Charles JOBIN, son futur beau-père.
Il est accompagné de ses parents, de Pierre PROVOST son grand-oncle, de
Jean Brunet son oncle maternel. Le
notaire GENESTE rédige son contrat de mariage.
Il promet de prendre pour épouse Marie Charlotte, fille de Charles JOBIN
et de défunte Geneviève POULIN de Charlesbourg. Âgée de 24 ans, elle est de 4 ans son aînée. On apprend aussi que son père lui a donné et
lui donne, en accord avec Marie BRUNET son épouse, une terre et concession
située à Saint-Joseph de la Nouvelle-Beauce, de 3 arpents de front par 40
arpents de profondeur. Elle est bornée
d’un côté à Joseph LANGELIER et au sud-ouest à Jean DUPUIS. Il s’agit de cette terre achetée de Louis
ROBERGE, devant le notaire PANET, en 1754.
Ils lui donnent aussi une vache, un mouton, trois cochons, six poules et
un coq. En retour, il renonce à ses
droits en leurs successions. Le douaire
est de 600 livres et le préciput de 300 livres.
Le
mariage est béni la même journée, en l’église de Charlesbourg, par le père
MORRISEAUX. Ce jour est aussi le jour
de l’anniversaire de Marie Brunet.
Charles Joseph et Marie Charlotte s’installe sur leur terre, près des
parents, à Saint-Joseph.
Comment
Charles Joseph a-t-il rencontré Charlotte, lui étant de Saint-Joseph et elle de
Charlesbourg? Après avoir cherché un
contrat d’engagement et n’avoir rien trouvé, j’ai essayé de figurer comment ils
auraient pu se connaître. Marie
Charlotte est devenue orpheline de mère en mars 1758. Son oncle maternel, Pierre POULIN, présent à son mariage réside à
Saint-Joseph; il a plusieurs enfants.
Il serait fort possible qu’en 1761; au moment où le père de Charlotte se
remarie, cet oncle lui ait demandé si elle voulait venir aider sa tante. Charlotte, alors âgée de 23 ans, a-t-elle
préféré ça à rester avec une belle-mère?
Gilbert
et Marie voient, cette même année, Marie Angélique, leur fille aînée,
courtisée.
Le
mois de décembre a été particulièrement un temps de réjouissances. Le 19, ils sont devenus « pépére et
mémére »! En effet, Marie
Charlotte, leur bru, a donné un fils à Charles Joseph. Il portera le nom de son père et son
grand-père, Charles. Il est fort
probable qu’au temps de Noël on ait fêté les fiançailles de Marie Angélique à
Michel PROTEAU. Elle l’épousera, à
Saint-Joseph, le 27 février 1764.
Trois
autres années s’écoulent avec bien des peines et bien des joies, comme dans
toutes les familles. Gilbert est
heureux de voir augmenter sa grande famille.
Trente années qu’il est au pays!…
Décès de
l’ancêtre
Le 29
novembre 1767, notre ancêtre décède entouré de son épouse et tous les
siens. Il est inhumé le 1er
décembre près du manoir seigneurial.
L’acte de sépulture se retrouve au registre de Saint-Joseph et se lit
comme suit :
« Le
premier Decembre mil sept cent soixante sept, a été inhumé dans le cymetiere de
cette paroisse charles Dupuit dit gilbert epoux marie Brunet agé d’environ de
cinquante sept ans, décédé il y a trois jours munis des Sacrements. La dite inhumation a été faite en présence
de pierre poulin Etienne paré pierre bureau.
Les quels ont déclaré ne scavoir signer »
Dans
ce même registre, le 3 octobre 1769, on peut lire que le corps du Récollet
JUSTINIEN missionnaire et plusieurs autres corps ont été transportés du Domaine
de LAGORGENDIERE au cimetière. C’est
que jusqu’à ce jour ils étaient inhumés dans la cour du domaine près de la
chapelle qui desservait la paroisse.
Plusieurs personnes ont assisté au transfert. Nul doute que sa famille était présente aux cérémonies.
Le 5
janvier 1770, le chirurgien Jean-Baptiste GARON[25]
est demandé chez les DUPUIS. Marie,
l’aînée des filles encore à la maison, est malade. Le cas semble être assez grave pour qu’elle rédige son testament. À défaut de notaire et dans l’impossibilité
d’en avoir un, c’est le missionnaire qui le rédige en présence du chirurgien,
de Pierre POULIN, capitaine de milice de Saint-Joseph, et de Louis PARE. Elle laisse à sa mère ses hardes et le reste
à son frère Jean, incluant tout ce qu’elle prétend venu et à venir tant du côté
paternel que maternel. Une condition
est mise : si Dieu la laisse sur
cette terre, elle sera toujours maîtresse de ses biens. Si Dieu l’en retire, Jean s’oblige de la
faire enterrer, de lui faire dire des messes comme ils ont convenu
ensemble. Le 12 janvier, Jean est de
passage à Québec et dépose ce testament chez le notaire Antoine J. SAILLANT.
Il
n’était pas facile de subir une opération, et encore moins de s’en remettre
puisque l’on n’avait pas les médicaments nécessaires pour enrayer
l’infection. Les choses ne se sont pas
bien passées et le 22 février 1770 Marie décède. Elle a 23 ans.
L’inhumation a lieu le lendemain.
Au
cours de la même année, Marie BRUNET voit maintenant son fils Jean-Baptiste
fréquenter une jeune fille de sa paroisse, Marguerite MATHIEU. Ils sont très sérieux et Jean demande
Marguerite en mariage. Elle demande
donc à un notaire de faire l’inventaire des biens de la communauté qui a été
d’avec elle, Marie BRUNET, et feu Gilbert DUPUIS.
C’est
le notaire Antoine CRESPIN, père, qui fera cet inventaire et le partage des
biens. Mais avant, il y a eu assemblée
de parents et amis afin de trouver tuteurs pour les mineurs, Charlotte et
Joseph. Marie est nommée tutrice et
Jean DUPUIS leur oncle paternel est subrogé tuteur.
L’inventaire
s’est fait, le 13 octobre, en présence de Marie BRUNET, de Charles Joseph,
Jean-Baptiste, Michel PROTEAU et Angélique DUPUIS, son épouse, de Jean DUPUIS,
leur oncle paternel, Louis PARE, huissier, et Pierre POULIN. Charles et son épouse Charlotte JOBIN
renoncent à la succession comme il était entendu dans leur contrat de mariage.
Cette
même journée, le notaire fera le contrat de mariage de Jean-Baptiste et
Marguerite MATHIEU, fille de Jean et de Anne TREPANIER. Le mariage est célébré le 15 octobre en la
chapelle de Saint-Joseph.
Dès le
lendemain du mariage, il y a la vente des biens et le partage se fera le jour
suivant. Les effets étant pris par
Marie pour son préciput sont : un
poêle de fer forgé du pays avec son tuyau et son trépied; un moyen chaudron de
fer, une vieille « toutière » de cuivre rouge, une vieille chaudière
de cuivre jaune et une vieille marmite.
Finalement, une « charüe » garnie de ses
« ustensils ». Lui ont été
laissés aussi les linges et hardes, son lit garni à son usage.
À
Charlotte a été laissé un lit de plume, un traversin, deux draps, une
courtepointe de droguet croisé, une vieille couverte, une
« paillace » et une couchette.
Aux deux garçons, à chacun un fusil, deux draps, une
« paillace », le tout pour être égaux aux deux autres enfants pourvus
par mariage.
La
liste des animaux comparée avec celle du recensement de 1762 montre le succès
qu’ils ont eu avec l’élevage. La maison
est de pièces sur pièces, couverte en bardeau, plancher en haut et en bas,
mesurant 25 pieds par 20 pieds. Il y a
aussi un corps de bâtiment en bois de 90 pieds par 20 pieds, couvert de paille,
et plusieurs autres petits bâtiments.
Aux
titres et papiers on retrouve l’acte de concession et la vente de terre par
Jean LESSARD.
Au
partage de la terre il a été fait deux lots de 22½ perches de front. Un lot pour Marie et l’autre pour les
héritiers. Le tirage a été fait au
sort.
Marie
est maintenant seule à la maison avec Charlotte et Joseph. À 51 ans, elle a ses enfants auprès d’elle
pour s’en occuper. Avant de mourir,
elle verra Charlotte épouser en février 1772 Joseph LAMBERT CHAMPAGNE, fils de
Pierre et de Marie-Anne LEGENDRE. Cette
Charlotte est possiblement Madeleine.
Nous avons le baptême de cette dernière, puis rien d’autre. Pour Charlotte, pas d’acte de baptême, mais
elle est nommée au moment de l’inventaire et l’on a son mariage.
Le 7
septembre 1775, Marie BRUNET décède.
Elle était la grand-mère de 15 petits-enfants. L’inhumation a lieu deux jours plus tard, à Saint-Joseph, en
présence de parents et amis.
« Le
neuf septembre mil sept cens soixante quinze par nous Vicaire de quebec
soussigné, à l’invitation de M. Verreau, a été inhumé le corps de Marie Brunet
agée de cinquante quatre ans, décédée de sept du présent, épouse de défunt
charles dupui dit gilbert. ont assisté
pierre Bureau, jacques Ducharme, françois lessard, augustin cloutier et plusieurs
autres parents et amis.
J.B.
Dubois ptre »
Marie
n’avait pas 54 ans mais bien 56 ans.
Charles Joseph : A épousé Marie Charlotte
JOBIN, à Charlesbourg, le 7 février 1763.
Ont toujours demeuré à Saint-Joseph.
Charlotte donne naissance à 10 enfants.
Marie Angélique : Elle épouse Michel PROTEAU, le 27 février 1764. Décède à Saint-Joseph, le 6 juillet 1828 à
83 ans. Sur la fin de sa vie, elle
éprouve des difficultés avec ses gendres au sujet d’une donation faite par elle
et son époux, devant maître Louis MIRAY.
Jean-Baptiste : A épousé Marguerite MATHIEU, le 15 octobre 1770. Sa mère lui fait une donation à son contrat
de mariage, avec charges. C’est lui qui
s’occupera d’elle jusqu’à son décès. Il
prendra charge de Charlotte et Joseph, ses sœur et frère, jusqu’à leur
majorité. 13 enfants naissent de cette
union. Marguerite décède le 16 avril
1814. Lui le 24 mai 1832, à l’âge de 84
ans. A été actif au sein de la
communauté de Saint-Joseph.
Charlotte : Épouse
Joseph LAMBERT dit CHAMPAGNE, le 3 février 1772. Le 6 juillet 1810, Marie Charlotte, veuve, est accusée par Marie
JEANNOT, épouse de Joseph NADEAU, d’avoir essayé de les tuer en les
empoisonnant. Devant la Cour du Banc du
Roy, elle est accusée d’avoir mis dans la soupe de la dite JEANNOT de la
cendre, des écailles d’œufs et des morceaux de vitre. Le tout se termine le 24 septembre et aucune charge n’est
retenue. Il s’agit d’une farce faite
par deux jeunes de la paroisse. Deux
ans plus tard, le 28 juillet 1812, elle épouse ce même Joseph NADEAU. Elle décède à l’âge de 67 ans.
Joseph : Il
épouse Marie Louise GAGNON, le 2 octobre 1781.
Ils auront 11 enfants. Joseph
décède le 18 mai 1837, âgé de 80 ans.
Marie-Louise lui survivra deux ans.
Deuxième Génération
Troisième Génération
[1] Archives des Colonies, Série B, vol.64 fol.87, Dépêches autres lieux.
[2] Contrebandiers du sel, Bernard Briais, Aubier Floréal, 1984
[3] Mélanges Historiques, Benjamin Sulte, Vol.17, p.67.
[4] Archives des Colonies, Série B, Vol.65 fol.434 verso. Enregistrement des ordres du Roy pour la Nouvelle-France.
[5] Archives des Colonies, Série B, Vol.65 fol.434 verso. Enregistrement des ordres du Roy pour la Nouvelle-France.
[6] Liste des vaisseaux de ligne français de 1743-1757, Ronald Deschênes, 1983.
[7] Archives des Colonies, Série B, Vol.65 fol.176 verso, Dépêches Rochefort et La Rochelle.
[8] Relation d’un voyage de Paris à Montréal en Canadas en 1737. Joseph Dargent p.s.s., RAPQ, 1947-1948, p.14.
[9] Archives des Colonies, Série C11A, Vol.67 fol.109, Correspondance générale Hocquart, Intendant.
[10] Fontange : nœud de ruban que les femmes, qui se mettent proprement, portent sur le devant de leur coiffure, un peu au-dessus du front, qui lie la coiffure. Dict. Universel, Français Sciences Arts, 1701
Panier : une espèce de jupon de toile où l’on attache de la baleine en forme de cerceaux à plusieurs étages afin de donner plus d’ampleur aux jupes. Dict. Universel, Français Latin, 1743.
[11] Histoire des Canadiens Français, Vol.VI, p.65, Benjamin Sulte, Montréal, 1882.
[12] Histoire des Canadiens Français, Vol.VI, p.100, Benjamin Sulte, Montréal, 1882.
[13] Les faux sauniers et le peuplement de la Nouvelle-France, p.14, Renald Lessard, 1986.
[14] Le régime seigneurial, Marcel Trudel, Les brochures de la Société Historique du Canada, No.6, p.15, Ottawa, 1971.
[15] Sartigan : corruption de Mechatigan, signifiant rivière ombreuse. Nom abénaquis utilisé par les Anglais pour désigner la Nouvelle-Beauce. Chaudière-Kennebec grand chemin séculaire, p.81, 105, Honorius Provost, Ed. Garneau, Québec, 1974.
[16] Le régime seigneurial, Marcel Trudel, Les brochures de la Société Historique du Canada, No.6, p.16, Ottawa, 1971.
[17] Le régime seigneurial, Marcel Trudel, Les brochures de la Société Historique du Canada, No.6, p.18, Ottawa, 1971.
[18] Histoire des Canadiens Français, Vol.VII, p.94-95, Benjamin Sulte, Montréal, 1882.
[19] St-Étienne-de-Lauzon
[20] Chaudière-Kennebec grand chemin séculaire, p.187, Honorius Provost, Ed. Garneau, Québec, 1974.
[21] Les Beaucerons ces insoumis, p.73-74, Madeleine Ferron et Robert Cliche, Ed. Hurtubise HMH, 1974.
[22] Histoire des Canadiens Français, Vol.VII, p.97-107, Benjamin Sulte, Montréal, 1882.
[23] RAPQ, 1925-1926, p.60.
[24] Inventaire des procès-verbaux des grands voyers conservés aux ANQ de Québec, Vol.I, p.181, Pierre-Georges Roy, L’Éclaireur, Beauceville, 1923.
[25] L’ancêtre des familles GARON.