Deuxième génération

Charles Joseph Dupuis et Marie Charlotte Jobin

Ce texte est reproduit avec la permission de l'auteure, Madame Pierrette Gilbert-Léveillé.

Première Génération
Troisième Génération

Nous savons que Charles Joseph, le fils aîné de Gilbert et de Marie BRUNET, né à Sainte-Foy le 21 septembre 1742 a épousé Marie Charlotte JOBIN, fille de Charles JOBIN et de feue Geneviève POULIN.  Le mariage a été célébré à Charlesbourg le 7 février 1763.

         La journée même ils avaient passé un contrat de mariage devant le notaire André GENESTE.  Dans ce contrat il a reçu de ses parents :  une terre située à Saint-Joseph, de trois arpents de front par quarante arpents de profondeur, bornée d’un côté à la terre de Joseph LANGELIER et au sud-est à celle de Jean DUPUY.  Son père avait acquis cette terre de Louis ROBERGE, le 11 mars 1754.  Acte passé devant le notaire Jean-Claude PANET, à Québec.  De plus il reçoit :  une vache mère, un mouton, trois cochons dont un hiverné, six poules et le coq.


         Marie Charlotte a 24 ans.  Elle a été baptisée à Charlesbourg le 16 novembre 1738.


         C’est sur la terre que son père lui a donnée, que Charles Joseph et Marie Charlotte s’installent.  Les terres de la famille DUPUIS sont sur la rive est de la Chaudière.  Le manoir seigneurial, la chapelle et le moulin se trouvent sur la rive ouest.



Un fils


         En décembre ils ont un premier fils qui portera lui aussi le prénom de Charles.  Il est baptisé dans la première chapelle construite sur le domaine du seigneur.  Son parrain est Charles DUPUIS, grand-père, et la marraine Marie Marguerite HUOT, femme de Joseph POULIN, l’oncle de Marie Charlotte.  Charles Joseph possède un banc, en ladite chapelle, selon la liste dressée par le curé VERREAU en 1766.



         Il a vingt-cinq ans au moment du décès de son père.  Sa famille compte déjà trois fils et désormais, comme fils aîné, il aura une certaine responsabilité envers sa mère, ses frères et sœurs.


         Trois ans plus tard Marie, sa sœur, est gravement malade.  Après une chirurgie elle décède en février 1770.


         Charles Joseph achète une autre terre.  L’acte est fait sous seing privé par Louis PARE, huissier dudit lieu, le 9 avril 1770.  C’est une terre de 3 arpents sur 40 arpents appartenant à Joseph LANGELIER, voisine de la sienne, ayant dessus une maison et une grange.  La vente est faite pour la somme de 450 livres dont il donne tout de suite 120 livres et le reste en versements à finir au premier mars 1772.  Charles Joseph possède maintenant 6 arpents de terre de front sur 40 arpents de profondeur.


         Le 15 octobre 1770 il sert de père à son frère Jean-Baptiste qui épouse Marguerite MATHIEU, à Saint-Joseph.  Il fera de même pour sa sœur Marie Charlotte.


         En 1772 et 1773, Saint-Joseph voit une migration importante des Amérindiens.  Des Abénaquis surtout.  Une nation brave et très fidèle aux Français, redoutée de tous les ennemis de ces derniers.  Partout, il est noté l’état de pauvreté de la paroisse.


         Un septième enfant naît pour leur dixième anniversaire de mariage.  Il y a beaucoup de bouches à nourrir et l’aîné n’a que dix ans.  Cela signifie pour Charles, père, qu’il lui faut travailler énormément.


         Le 24 juillet 1773 Charles est parrain de Jean-Baptiste, premier fils de son frère Jean-Baptiste et de Marguerite MATHIEU.



Invasion américaine


         Le gouverneur CARLETON appréhende une invasion américaine.  Les esprits s’échauffent sous l’influence des manifestes distribués par les Américains.  En mai 1775 monsieur TASCHEREAU se rend à Saint-Joseph pour y établir la milice.  Les paroissiens, malgré les conseils du curé VERREAU, se révoltent et refusent de reconnaître l’autorité du roi.  Dès que monsieur TASCHEREAU apparut devant eux, à l’église, ils quittèrent.  Cet été là les espions ont passé et repassé librement en Beauce, sans jamais être inquiétés.  Bien au contraire, les habitants leur rendaient la vie plus facile.[1]  Malgré toutes les demandes et menaces de Mgr BRIAND, les Beaucerons se rangent du côté des Américains.  Ce n’est pas le seigneur DE LAGORGENDIERE qui peut avoir de l’influence sur eux, il n’est jamais présent dans sa seigneurie.  Pour ce qui est du curé VERREAU il habite à Sainte-Marie, depuis sept ans, car il pleut dans le presbytère de Saint-Joseph.


         Les habitants de Saint-Joseph n’ont pas bonne réputation, selon les plaintes que les curés font à leur évêque.  Par contre Mgr BRIAND fait régulièrement des reproches à ces derniers.  Il les traite de paresseux, pesants et les menaces de retour au couvent.  Quelques-uns semblent avoir cependant donné le bon exemple à leurs paroissiens, tel : les Pères JUSTINIEN, GATIEN et LAMOTHE.  « Le diable sera dans la paroisse sous nombre de prédécesseurs et successeurs. »[2]


         Charles Joseph perd sa mère.  Entouré de ses frères et sœurs ainsi que de nombreux amis, il l’enterre à Saint-Joseph le 9 septembre 1775.


         Deux mois plus tard le 1er novembre, ARNOLD s’installe près de la rivière Gilbert.  Un officier d’ARNOLD écrit, dans son journal, de quoi était composé le menu des habitants où il fut soigné.  Comme il ne diffère probablement pas de celui des autres familles, voici ce qu’il mentionne : « la nourriture était saine, le menu du déjeuner consistait en un bol de lait, du pain qu’il qualifie d’excellent, du sel et de l’ail. »  Le repas principal qu’on laissait mijoter toute la nuit, se composait de bœuf ou de porc, parfois les deux, du chou, des patates et des navets.[3]


         La famille compte maintenant cinq garçons et trois filles, âgés de 0 à 12 ans.  De ses frères et sœurs il n’y a que son frère, Joseph, qui n’est pas marié.


         En février 1776, le manoir de Sainte-Marie est pillé par les habitants.  On organise une vente publique à laquelle assiste un très grand nombre d’habitants, de Sainte-Marie et des autres paroisses.  Même le capitaine de milice de Saint-Joseph![4]


         Le 27 juin Saint-Joseph voit arrivé les trois commissaires, nommés par le gouverneur CARLETON, afin d’enquêter sur les événements de l’invasion américaine et de rétablir la milice.  L’assemblé a lieu à 10 heures du matin.  Le capitaine François LESSARD est destitué de ses fonctions.  Le nouveau capitaine Pierre POULIN et ses 83 hommes sont passés en revue.[5]  Suite à cette enquête CARLETON envoie en Beauce le 52ième régiment anglais des troupes régulières.  L’entêtement des Beaucerons à se rebeller contre le roi fit qu’ils eurent à subir et exécuter les exigences des militaires.  L’occupation se terminera en 1784.  Cela ne veut pas dire que la mentalité des habitants avait changé.


         La grand-mère maternelle de Charles Joseph décède.  Angélique SEDILLOT est enterrée à Québec le 20 août 1779, âgée de 82 ans.


         Le 20 novembre 1780, sous seing privé, Charles Joseph achète une terre de Joseph MINVILLE.  Cette nouvelle terre est située à Saint-François, seigneurie de VAUDREUIL, et possède 3 arpents de front sur 40 arpents de profondeur.  L’acte est manquant mais nous retrouvons l’information lors de la donation de cette terre, en avril 1785.


         Le mardi 2 octobre 1781 Charles Joseph accompagne son frère, Joseph, à l’église.  Ce dernier épouse Marie Louise GAGNON, à Saint-Joseph.


         Lorsqu’en 1783 la loi de la milice déclare milicien tout homme de dix-huit ans à soixante ans, Charles Joseph se voit obliger de servir dans sa paroisse.  Il en est de même pour ses fils : Charles qui a vingt ans et Joseph âgé de dix-huit ans.  On n’arme pas les Beaucerons car on ne leur fait pas confiance.


         Charles Joseph accepte à nouveau d’être parrain pour un enfant de son frère Jean-Baptiste.  Il s’agit de Cécile baptisée le 8 février 1783 à Saint-Joseph.  Tout comme son autre filleul elle ne vivra que deux ans.



Décès de l’ancêtre Jean DUPUIS


         Toute la famille est en deuil.  Leur oncle paternel, Jean DUPUIS, est décédé à l’âge d’environ 75 ans.  Sa sépulture a lieu à Saint-Joseph le samedi 29 mars 1783.


         Le 31 janvier 1785, Charles Joseph marie son fils Charles.  Il épouse Marie Angélique POULIN, fille de Joseph POULIN et de Angélique RODRIGUE.  Le 19 avril, de cette même année, il lui fait une donation.  Cette donation est résiliée devant le notaire Louis MIRAY le 27 octobre 1785 et Charles Joseph déclare avoir donné, à son fils, une terre située à Saint-François.


         Quatre années plus tard, Joseph, son second fils, épouse Marie Geneviève DARRAQ.  Le mariage est célébré dans cette première église, de Saint-Joseph, qui est déjà en ruine.  Lorsqu’il y a du vent, il faut soutenir par des poutres à l’extérieur afin qu’elle ne tombe pas.  L’année suivante on entreprendra la construction de la deuxième église.  De 100 pieds par 40 pieds, elle sera en pierre des champs.


         Une autre fois, la grande famille DUPUIS est réunie non pour fêter mais parce que Jeanne SEDILLOT, veuve de Jean DUPUIS est décédée.  Elle est enterrée à Saint-Joseph le 26 février 1791.  Avec elle s’éteint cette première génération.


1792. Charles Joseph a 50 ans!  Madeleine FERRON et Robert CLICHE, dans Quand le peuple fait la loi, donnent un bel aperçu de ce que cet âge pouvait représenter pour Charles Joseph.  Voici ce qu’ils écrivent : « L’âge le plus marquant dans la vie de l’habitant était celui de la cinquantaine.  C’était l’âge de la retraite.  Il se donnait à un des ses garçons, celui qui héritait de la terre.  Le contrat le plus mémorable, dans la vie de l’habitant, est celui de sa donation. »


Le 20 août, en avant-midi, le notaire Louis MIRAY se rend chez Charles Joseph et Marie Charlotte.  Ces derniers désirent faire une cession à Pierre et Gervais, leurs fils.  À chacun ils donnent : une terre située à Saint-Joseph ainsi que les biens qu’ils auront à leur décès.  Cette donation est faite avec charges.  « Quand on accepte le bien on accepte aussi le mal.  Le mal, c’était les charges. »[6]


         Lundi le 17 octobre 1796, Charles Joseph et Marie Charlotte de même que les enfants assistent au mariage de Charles DUPUIS, le fils de Jean et filleul de Charles Joseph.  Les familles sont très proches, encore plus maintenant qu’ils n’ont plus de parents.


         Le 9 novembre 1808, devant le notaire John WALSH, son fils, Gervais, échange la terre reçue avec une terre de son frère Jean-Baptiste.



Décès de Marie Charlotte


         Leurs enfants sont maintenant tous établis.  Marie Charlotte sera la première à partir, et sa famille l’enterrera à Saint-Joseph le 25 janvier 1812.


         « Le vingt cinq janvier mil huit cens douze par nous soussigné Curé a été inhumé dans le cimetiere de cette paroisse le corps de marie Charlotte Jobin décédée avant hier, munie des secours de l’Eglise, agée de soixante et quinze ans Epouse de charles gilbert cultivateur.  presents Jacques Lessard, alexis Vachon, Jean baptiste gilbert, Etienne poulin, Etienne Lessard et pierre Lessard qui ont déclaré ne savoir signer

                                                        A.Lamothe Ptre »


         Les enfants de Charles ne sont pas instruits.  Peu savent seulement signer.  Il entrevoit la possibilité que ses petits-enfants puissent recevoir un peu d’instruction avec la formation de la première école en 1816.  Sa joie fut de courte durée car il n’y a pas eu de professeur permanent avant 1826.  Quelques enfants recevaient un peu d’enseignement par Jean-Christophe DES BOIS, un professeur ambulant.


         Charles Joseph donne une procuration à son fils Charles, le 16 février 1818, pour recevoir de ses fils Pierre et Jean-Baptiste, les articles de rente viagère et alimentaire à lui dus en vertu de la donation du 20 août 1792.



Décès de Charles Joseph


         Charles Joseph décède le 3 mars 1820 et sa sépulture a lieu le lendemain, à Saint-Joseph où il a toujours vécu.


         « Le quatre de mars mil huit cent vingt par moi prêtre soussigné a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de Charles Dupuis dit Gilbert cultivateur de cette paroisse décédé hier âgé de soixante et dix huit ans environ témoins jacques lessard Augustin cloutier et autres qui n’ont scu signer

                                                                  Arsenault ptre »


         Dimanche, le 12 mars 1820, sous la gestion de Jean-Baptiste CLICHE, marguillier, le banc de Charles est vendu à Jean-Baptiste DUPUIS, son fils, pour la somme de 202 livres.



Dix enfants naissent de Charles-Joseph et de Marie-Charlotte



Charles : né le 19 et baptisé le 22 décembre 1763, à Saint-Joseph.  Il épouse, au même endroit, le 31 janvier 1785 Marie-Angélique POULIN. (Troisième génération)


Joseph : né le 13 juillet 1765, il est baptisé le lendemain, à Saint-Joseph.  Il épouse le 24 novembre 1789, dans son village natal, Marie-Geneviève DARRAQ, fille de feu Jean DARRAQ, capitaine de navire, et de feue Marie-Anne CHARLES-DUVAL.  Lui a 24 ans et elle 41 ans.  Elle sait écrire et le lui enseignera.  Joseph devient marchand et le procureur, pendant de nombreuses années, d’Antoine Louis DUCHESNAY et de Louis DE LAGORGENDIÈRE.  Sans enfant.  Elle décède le 1er mai 1837, à l’âge de 89 ans.  Sa sépulture a lieu le lendemain, à Saint-Joseph où ils ont toujours vécus depuis leur mariage.  Je n’ai pas encore trouvé la sépulture de Joseph.


Michel : né le 30 octobre 1766, il est baptisé le 2 novembre à Saint-Joseph.  Il reste célibataire.  À l’âge de 42 ans, il s’engage à travailler pour Jean LESSARD et son épouse, le reste de ses jours.  L’accord est résilié, devant le notaire Michel DOSTIE, le 1er décembre 1817.  Il décède à Saint-Joseph, le 29 juillet 1835 et y est enterré le 31.


Charlotte : née le 26 février 1768, à Saint-Joseph.  Elle est baptisée, le lendemain, à Sainte-Marie.  Le 10 janvier 1792, elle épouse Jacques POUCVILLE, fils de Jacques POUCVILLE et de Geneviève LEFEBVRE.


Jean-Baptiste : baptisé à Saint-Joseph, le 4 novembre 1769, lendemain de sa naissance.  Il épouse Geneviève GOULET, fille de Charles GOULET  et de Marie GAGNÉ, le 22 septembre 1801 à Saint-Joseph.  Geneviève donne naissance à 6 enfants.  Seulement 3 d’eux vivent plus de 2 ans et se marient.  Geneviève décède le 8 février 1842 et elle est inhumée à Saint-Joseph le 10.

Lui décède le 26 octobre 1856 et sa sépulture a lieu à Saint-Joseph le 28.


Marie-Angélique : née le 31 mars, elle est baptisée le 1er avril 1771 à Saint-Joseph.  Le 27 octobre 1795 à Saint-Joseph, elle se marie à Étienne LESSARD.  Il est le fils de François LESSARD et de Marie-Anne GAGNÉ.  Étienne LESSSARD est enterré à Saint-Joseph le 30 juin 1843, âgé d’environ 74 ans.

Elle décède à Saint-Joseph le 3 novembre 1847 et y est enterrée le 5.


Gervais : né et baptisé le 20 février 1773, à Saint-Joseph.  C’est Hélène GOULET, fille de Charles GOULET et de Marie GAGNÉ, qu’il épouse à Saint-Joseph le 30 septembre 1794.  Ils ont 6 enfants dont 4 ont vécus.  Ils sont enterrés à Saint-Joseph, Hélène le 11 mai 1846 et Gervais le 6 août 1852.


Marie-Catherine : née à Saint-Joseph le 12 février 1775 et y est baptisée le 18.  Elle se marie au même endroit, le 13 janvier 1795, à Charles POULIN fils de Joseph POULIN et Angélique RODRIGUE.  Elle décède à Saint-François le 11 mars 1852 et y est enterrée le 13.

Charles Poulin est inhumé auprès de son épouse le 26 mars 1866, âgé d’environ 97 ans.


Marie-Marguerite : baptisée à Saint-Joseph le 17 septembre 1777, à l’âge de 3 jours.  Elle se marie le 9 février 1802 à Saint-Joseph, avec François LESSARD.  Il est le fils de François LESSARD et de Marie GAGNÉ.

Lui décède le premier, le 21 octobre 1862 et est inhumé à Saint-Joseph le 23.  Il avait environ 88 ans.

Elle décède le 4 mai 1864 et sa sépulture a lieu à Saint-Joseph le 6 mai.


Pierre :  le dernier enfant de la famille est né le 5 mai 1779 et baptisé à Saint-Joseph le 11 mai.  Il épouse Thérèse PIERRE-JACQUES à Saint-Joseph, le 9 février 1802.  Elle est la fille de Jean PIERRE-JACQUES et de Geneviève POULIN.  Ils ont 7 enfants.  Elle décède le 11 décembre 1833 et sa sépulture le 13 à Saint-Joseph.  Pierre est enterré au même endroit le 8 octobre 1859, 2 jours après son décès.


Première Génération
Troisième Génération




[1] RAPQ, 1927-1928, p. 472.

[2] Notes de l’Abbé J.T. Nadeau, Vallée de la Chaudière, 1958.

[3] Les Beaucerons ces insoumis, p.100, Madeleine Ferron et Robert Cliche, Ed. Hurtubise HMH, 1974.

[4] Les Beaucerons ces insoumis, p.101-111, Madeleine Ferron et Robert Cliche, Ed. Hurtubise HMH, 1974.

[5] Un journal de 1775-1776, RAPQ, 1927-1928, p.471-472.

[6] Quand le peuple fait la loi, p.257, Madeleine Ferron et Robert Cliche, Ed. Hurtubise HMH, 1974.